pour mieux connaître notre nouveau Directeur de l'ARS......

Publié le par du collectif

Dominique Deroubaix, le « préfet » de la santé

Dominique Deroubaix est directeur de l'Agence régionale d'hospitalisation depuis trois ans. Dominique Deroubaix est directeur de l'Agence régionale d'hospitalisation depuis trois ans.

Directeur de l'Agence régionale d'hospitalisation (ARH) depuis trois ans, Dominique Deroubaix a pour mission d'assurer la régulation financière et la répartition des activités de soins dans le Nord - Pas-de-Calais. Une tâche loin d'être évidente dans une région où les indicateurs de santé sont tous plus mauvais qu'ailleurs. Il revient ici sur le financement des hôpitaux, leur déficit et les réformes à venir vivement contestées par plusieurs syndicats.



PROPOS RECUEILLIS PAR CHRISTELLE JEUDY ET VIOLAINE MAGNE > region@nordeclair.fr PHOTOS LUDOVIC MAILLARD

On ne devient pas directeur d'une Agence régionale d'hospitalisation par hasard. Quel a été votre parcours ?


>> La vie est faite de hasards additionnés. J'ai fait des études de droit à la faculté Paul-Duez de Lille et je me suis intéressé à la notion de service de l'État et de l'intérêt général. Travailler autour du soin me semblait quelque chose de passionnant et, en optant pour la filière administrative, je suis resté dans cette dynamique.

Vous avez dirigé les hôpitaux de Chartres puis Saint-Antoine et Necker enfants malades à Paris avant d'être secrétaire général de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris. Que retenez-vous de ces années de direction ?
>> Directeur d'hôpital, c'est un métier de plus en plus difficile qui évolue très vite. Devant les très fortes préoccupations que sont l'équilibre budgétaire, la sécurité des soins et le climat social, il faut une adaptation constante au contexte car la société exerce une forme de pression sur tous ces métiers d'intérêt général comme le nôtre où l'on réclame un professionnalisme de plus en plus pointu.

Le projet de loi « Hôpital, patients, santé et territoires » doit être discuté au Parlement en mars. Ses détracteurs affirment que le texte transformera le directeur en chef d'entreprise.
>> Je n'aime pas ce terme de chef d'entreprise mais il faut en effet concilier les notions d'équilibre budgétaire avec le contexte humain. Car même si le soin ne sera jamais une marchandise, ça a un coût. Cependant, et comme la médecine, le métier de directeur d'hôpital reste un art.

Un « art » où l'on parle malgré tout de plus en plus de logique comptable, non ?
>> Il faut d'abord rappeler que les établissements de soins fonctionnent avec des crédits collectifs. Nous sommes donc comptables de la bonne utilisation des deniers publics et nos organisations ne doivent pas être éloignées de ces préoccupations. La logique économique est importante, sans être contradictoire avec la qualité des soins.
Au contraire, ça va dans le même sens. Mais il faut comprendre qu'avec le vieillissement de la population, nous sommes engagés dans une dynamique de la dépense et que notre devoir est de la maîtriser.

Revenons à ce projet de loi « Hôpital, patients, santé et territoires ». Quelles en sont les principales mesures ?
>> Un volet concerne la gouvernance des hôpitaux, l'autre la création des Agences régionales de santé (ARS) qui remplaceront les Agences régionales d'hospitalisation. La grande nouveauté, c'est que l'ARS sera un établissement public où l'autorité hiérarchique sera confiée au directeur et le champ de compétences s'élargira à l'ensemble du secteur de la santé, y compris médico-social. À ce stade, ce n'est plus une réforme mais une révolution puisque nous aurons une autorité régionale investie d'un pouvoir. Quant à la future gouvernance des hôpitaux, elle est une réponse juridique à la phrase du président de la République qui avait dit : « Il faut un patron à l'hôpital. » On va donc réellement donner au directeur l'autorité de diriger son établissement.

Ça veut dire que ce n'était pas le cas avant ?
>> Le directeur a des médecins qu'il ne nomme pas, un conseil d'administration composé d'élus et présidé par le maire, des organisations syndicales, ce qui limite l'efficacité de son action. Dans le projet de loi, le conseil d'administration devient un conseil de surveillance avec la fin de la présidence de droit du maire. Le président sera désormais élu au sein du conseil de surveillance composé du directeur, du président de la commission médicale d'établissement et d'une partie des cadres de direction. Le mode de nomination des médecins ne changera pas mais cette nouvelle gouvernance va permettre au directeur d'hôpital de négocier plus librement sa politique. Il aura des marges de manoeuvre plus importantes.

Les détracteurs de ce projet de loi disent qu'il va conduire à la privatisation des hôpitaux publics. Que leur répondez-vous ?
>> C'est de la connerie... Depuis dix ans, on assiste à un meilleur travail de coopération entre le public et le privé, mais il y a encore de la marge. Il ne faut faire ni de l'anti-cliniques ni de l'anti-hôpitaux publics. La vérité doit être dans l'intermédiaire et dans la coopération entre établissements de soins. Il y a un très bon exemple à Lens, où il y a eu une autorisation de chirurgie cardiaque à l'hôpital public avec une mise en commun des compétences et des ressources qui fait que les chirurgiens du privé viennent opérer dans le public. Sans cette coopération, on n'aurait pas pu monter cette activité de chirurgie cardiaque. Le projet de loi prévoit aussi des communautés hospitalières de territoires, avec un établissement de référence et des médecins qui pourront se déplacer d'un hôpital à un autre. Ce qui reste rare aujourd'hui car culturellement, ce n'est pas une habitude et c'est administrativement lourd à gérer. Cela existe déjà au-delà des frontières : les hôpitaux de Mons et Maubeuge travaillent ensemble, comme Armentières avec Ypres et Roubaix-Tourcoing avec Mouscron. Mais il fallait le formaliser, ce que prévoit le projet de loi.

Le plan « Hôpital 2012 » prévoit 10 milliards d'euros pour des investissements. Quels sont les hôpitaux concernés dans la région et pour quels projets ?
>> Quelque 250 millions d'euros sont prévus pour notre région. Cela servira au système d'information de l'hôpital de Valenciennes, à l'extension et la restructuration de l'hôpital de Boulogne-sur-Mer, la reconstruction de l'hôpital de Calais, la construction de la maternité de Roubaix et le plateau technique du CHRU de Lille (réanimation et urgences). Ces financements devraient être obtenus d'ici à 2012. Lire également en page 41 nos informations sur la réforme de l'hôpital voulue par Nicolas Sarkozy.

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