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RÉFORME DE L'HÔPITAL
Comment la loi Bachelot est perçue dans les Alpes du Sud ?
par La Rédaction du DL | le 14/05/09 à 05h00

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Centre hospitalier des Alpes du Sud 
    
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Certains d'entre eux se mobilisent aujourd'hui, à l'appel des syndicats mais aussi des associations citoyennes de défense de l'hôpital public, présentes dans les Alpes du Sud à Gap, Briançon, Embrun, Sisteron, Manosque ou Digne. Eux, ce sont les membres du personnel soignant. Médecins, infirmiers ou aides-soignants, quels sont leurs avis sur cette loi "Bachelot" ? Et sur les modifications que celle-ci pourrait engendrer ?

« Ce que la loi va changer ? On n'en sait rien, c'est justement ça l'inquiétude », note un chirurgien du centre hospitalier intercommunal des Alpes du sud (Chicas). Avant, tout de même, de poursuivre : « On est tous d'accord qu'il faut réformer. La question, c'est comment. Et l'angoisse, c'est d'en arriver à un système similaire à celui qui existe en Angleterre, avec des économies faites sur le dos des patients. Les changements, on ne s'en rendra pas compte tout de suite. »

« Les changements, on les perçoit déjà »

Même inquiétude, mais avis différent pour l'infirmière Fanny Reymond, en poste à Gap : « Même si la loi n'est pas encore passée, elle est déjà en marche, et les changements, on les perçoit déjà ».

Par ailleurs responsable de la communication de l'Association citoyenne de défense de l'hôpital public de Gap, elle explique ne s'être jamais mobilisée auparavant, alors que la loi Bachelot est, pour elle, « l'aboutissement d'une série de réformes depuis plusieurs années ».

Si elle s'engage aujourd'hui, confie-t-elle, c'est parce qu'elle a l'impression de « ne plus faire le même métier, celui qu'elle a choisi ».

Parmi les craintes, celle d'un hôpital "entreprise"

« Avant, on nous parlait "qualité de soins", "prise en charge de la personne". Maintenant, il est davantage question "d'efficience", de "rentabilité". Avant, poursuit-elle, j'étais infirmière, je soignais des patients dans un hôpital public. Maintenant je suis un "acteur métier", je produis des soins sur des "citoyens clients" dans un hôpital entreprise ».

Car c'est sans doute ce dernier point, la perspective de voir l'hôpital public se changer en entreprise, qui suscite le plus d'inquiétudes .« Cela change nos conditions de travail, ajoute encore l'infirmière. Je trouve que l'ambiance est de plus en plus tendue, avec une pression grandissante ».

Concrètement, des infirmiers regrettent de se voir obligés de privilégier les soins techniques au détriment du relationnel avec le patient, une « partie importante du métier d'infirmier ». Ou encore d'avoir de moins en moins de temps pour les "transmissions", ces moments où les soignants se passent le relais et s'expliquent les dossiers des patients.

Un rôle purement "consultatif" pour les médecins ?

« Aujourd'hui, on vit les prémisses de ce qui va se passer dans les prochaines années, au niveau notamment des sous-effectifs et des pénuries de lits », note pour sa part un autre médecin hospitalier. Plus particulièrement, en tant que praticien, il ajoute : « on s'inquiète de ce que pourrait entraîner l'idée nouvelle d'un "super-directeur" face auquel les médecins n'auraient qu'un rôle consultatif ».

« Ce que nous voulons, nous médecins, c'est être entendus. Le principe d'une direction collégiale a été réintroduit dans le projet de loi pour les CHU mais pas pour les autres hôpitaux», avance le Dr Philippe Delmas.

Également médecin au Chicas, il partage son temps entre Gap (beaucoup) et Sisteron (un peu moins). Une situation qui lui fait dire que "dans l'immédiat, la loi ne changera pas grand chose pour nous autres, à Gap. Quelque part, on a anticipé le principe de "communauté de territoire" avec la fusion des sites. On ne peut pas vraiment dire que cela soit une réussite ». Et de pointer à son tour, avec la loi Bachelot, « un nouveau pas vers la privatisation de la santé ».

Inquiétude. Tel semble donc être l'état d'esprit dominant parmi le personnel soignant. Reste à savoir à quel point les mobilisations de ce jour feront passer le message.


Adeline TAUPIN
Paru dans l'édition 05A du 14/05/2009 (cd96507c-3fc8-11de-9327-e646187022db)

Aujourd'hui, les blouses blanches défilent "contre la transformation de l'hôpital en entreprise". Comprendre : contre le projet de loi Hôpital, patients, santé, territoire (HPST) dit "loi Bachelot", examinée depuis mardi au Sénat. Cette énième réforme de l'hôpital suscite des opposants jusque dans la majorité. Lundi, le Président a fait des concessions en direction des médecins. Mais n'a pas calmé les inquiétudes sur les effectifs. Retour sur un dossier complexe et sensible.

QUE DIT LA LOI BACHELOT ?

Chaque hôpital sera dirigé par un "patron" unique, gestionnaire. La répartition des médecins sur le territoire sera régulée via, notamment, un numerus clausus aux concours et des pénalités financières aux médecins en zone dense qui n'aident pas leurs collègues en désert médical.

Des "agences régionales de santé" coordonneront l'offre de soins publique et privée sur chaque territoire. Des "communautés hospitalières" regrouperont des hôpitaux pour des économies.

QUELLES SONT LES CRITIQUES ?

Les médecins refusent l'idée d'un patron tout puissant jugé sur ses résultats financiers plutôt que médicaux. Ils dénoncent une gestion toujours plus calquée sur le privé (la tarification à l'acte, les suppressions d'emplois...) Pour eux, c'est le manque de financements public, qui creuse le déficit, pas le manque d'organisation.

QUELS AJUSTEMENTS ?

Remanié par les sénateurs, le projet de loi adopté en mars par les députés, sera amendé. Les établissements auront une direction collégiale. Le président du directoire, nommé en conseil des ministres, sera assisté de trois vice-présidents issus de la recherche, des soins et de l'enseignement. Les médecins seront plus présents sur les nominations et le projet médical.

QUELS POINTS DE DÉSACCORD SUBSISTENT ?

Le directeur conserve le dernier mot. La ministre veut rétablir les pénalités financières en zone surdotée. Sur les effectifs, elle affirme qu'ils augmenteront cette année, alors que les médecins estiment qu'ils diminueront de 20 000 postes. Ils contestent aussi l'alignement (reporté à 2018) des tarifs facturés à la Sécu par les hôpitaux sur ceux des cliniques, plus bas. Motif : leur mission de service public. Enfin, ils réclament la levée de la procédure d'urgence parlementaire, pour un vrai débat à l'Assemblée.

QUI DÉFILE AUJOURD'HUI ?

Onze organisations syndicales (médecins, infirmiers, aides-soignants) ont appelé à la grève. Les médecins libéraux feront des soins gratuits ou fermeront leur cabinet. La mobilisation devrait être forte : le 28 avril, 8 000 à 10 000 personnes manifestaient à Paris. Dont des chefs de service réputés comme le Professeur Lantieri qui a réalisé trois greffes de visage.

ET LE PATIENT DANS TOUT ÇA ?

Il est "au cœur du système" pour Roselyne Bachelot. Sa loi répartit mieux l'offre de santé, améliore l'accès aux urgences, combat les refus de soin, améliore la prévention auprès des malades chroniques et des jeunes (interdiction de vente d'alcool et de cigarettes bonbon).

Pour ses opposants, la réforme place la gestion avant la santé, au détriment des malades, notamment ceux qui souffrent de pathologies lourdes... Y compris sur le plan financier.

REPÈRES
L'OFFRE HOSPITALIÈRE
1 011 établissements,
451 652 lits, à 65 % dans le public. 1,2 million de travailleurs.
REPÈRES
LES COûTS
50,9 milliards d'euros en 2009 (un tiers des dépenses de santé)
800 millions € de pertes.


RÉFORME DE L'HÔPITAL
La journée d'action relayée à Gap : "Encore et toujours" mobilisés
par La Rédaction du DL | le 14/05/09 à 05h00

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Aujourd'hui est donc prévue, partout en France, une journée d'action des "blouses blanches" : des médecins, infirmiers et aides-soignantes rediront leur opposition au projet de la loi dite "Bachelot". Dans les Hautes-Alpes, l'appel vient des syndicats FO, CGT et Sud, qui se disent "encore et toujours contre cette loi". La mobilisation, en effet, ne date pas d'hier.

Dans un appel commun, à la grève, au rassemblement et à la manifestation, les syndicats précisent de nouveau leurs craintes quant à cette loi. Celle-ci a, selon eux, pour finalité de : "détériorer la qualité des soins, détruire les services publics au détriment des établissements privés à but lucratif, détruire le médico-social actuel et la qualité des prises en charge, tirer vers le bas les soins faits aux personnes âgées, supprimer des emplois, renforcer le déficit des établissements"...

Et de donner rendez-vous pour le rassemblement de ce matin, à 10 h 30. « L'après-midi, explique pour la CGT Valérie Clément, on monte également une chaîne humaine sur l'esplanade de l'hôpital, dès 14 h. Chaque maillon portera un message ».


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